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"Progrès des Lumières"
Lithographie de J.H. Marlet
Amicale des Retraités de l'Education Nationale du Valenciennois
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Chapitre 08

Textes de Jacques Halliez


"La chapelle du Petit-Saint-Jean
en la Viesware" à Valenciennes

Simon Le Boucq
Histoire ecclésiastique de la ville et comté
de Valenciennes, 1844.

Manuscrit du XVIIe siècle, Archives municipales de Valenciennes.
Réédition de l’édition de Valenciennes de 1844,
Marseille, 1978.

Fondée en 1217, cette "maison" était sise dans une portion de rue disparue unissant alors la rue Saint-Géry à la place Verte, à hauteur du n° 21 de l’actuelle avenue d’Amsterdam ; on la voit reproduite ici dans son aspect du XVIIe siècle.

C’est au Petit-Saint-Jean que fut aménagé par la ville en 1817 un local où s’installèrent les deux instituteurs laïques d’enseignement mutuel, M. Ligonie (le matin de 8h à 11h pour les sections Nord et Est avec sept moniteurs) et M. Lorquin (l’après-midi pour la section Sud avec cinq moniteurs) ; en 1819, 142 élèves y seront accueillis gratuitement.


Cahier d’Histoire - Couverture et page 48



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Intérieur de l'École d'Enseignement mutuel
"de la rue du Port Mahon", à Paris

Lithographie 38x51,7 cm de C. De Lasterye
d'après H. Lecomte, 1818
Musée national de l'Éducation - Rouen.



Palliant la pénurie d’enseignants, le manque de locaux et l’insuffisance de crédits, "l’enseignement mutuel" permet l’accueil de centaines d’enfants dans un même local tenu par un seul maître aidé d’élèves-moniteurs constituant "l’école" dans la terminologie d’époque.
Ici, une "école" d’une centaine d’écoliers assis par dix à une dizaine de grands pupitres ; la répartition des rôles pédagogiques y apparaît avec précision :

  • ... sur l’estrade, le maître derrière sa chaise commande la manœuvre,
  • ... en dessous, un bureau plus petit avec un élève, le moniteur général, qui dirige l’exercice,
  • ... plus bas au pied de l’estrade, un simple moniteur dicte leurs lettres aux élèves du premier banc qui tracent l’alphabet (débutants de la 1ère classe),
  • ... les élèves des bancs suivants écrivent des mots de deux à six lettres, puis de deux à quatre syllabes,
  • ... sur les bancs du fond, les élèves de la 8e classe, les plus avancés, recopient des modèles d’écriture disposés à cheval sur des fils tendus d’un bout à l’autre de leur pupitre.
  • Des visiteurs venus s’enquérir de la méthode assistent à la leçon, congratulant un enfant qui s’est particulièrement distingué.

Sous la gravure, poème de J.B. Bres, instituteur, évoquant ces trois supports successifs utilisés en pédagogie d’enseignement de l’écriture : "[...] sur un sable mouvant [...] sur l’ardoise polie [...] et le papier enfin [...]". Sur les murs, au crucifix et au buste du roi (Louis XVIII) réglementaires, s’ajoutent, sous l’indispensable horloge, les planches murales tandis qu’au sol apparaissent les demi-cercles caractéristiques de la méthode.

Cahier d'Histoire - Page 52



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Lecture aux cercles...
image emblématique de la méthode mutuelle

Yves Gaulupeau, La France à l’école, 147,  Découvertes Gallimard, Histoire, 1992

La méthode dite "d’enseignement mutuel" est particulièrement rigoureuse dans la pratique de ses techniques pédagogiques.

"L’école" est répartie en groupes de niveau, différents selon chacune des disciplines enseignées ; il y a huit "classes" par matière (lecture, écriture, arithmétique, calcul décimal à Valenciennes).
Il s’agit ici de "lecture aux cercles", chaque "classe" étant regroupée autour de son moniteur face à une planche murale adaptée à ses compétences, à son niveau.
Des demi-cercles sont tracés en permanence sur le sol, chaque élève devant rigoureusement y porter les pieds joints, mains croisées au dos, yeux fixés au tableau, prêt à épeler ou lire au geste du moniteur.
Si dans la forme cette méthode est spécifique à la "mutuelle", la progression suivie en lecture reste traditionnelle : apprentissage de l’alphabet, puis des syllabes, enfin des mots de longueur croissante.
Parvenus à la lecture courante, les élèves des dernières "classes" lisent sur des panneaux muraux des textes de l’Ancien et Nouveau Testament, de morale, de civilités, avant de parvenir au livre dans le meilleur des cas.
Après avoir soutenu quelques années leur école mutuelle, les édiles valenciennois feront le choix de "l’enseignement mutuel" propre aux Frères des Écoles chrétiennes qui s’installent en ville dans l’ancien couvent des Chartreux.

Cahier d'Histoire - Page 46



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Frères des Écoles chrétiennes se
rendant à la messe avec leurs élèves.

Les tableaux de Paris
Lithographie de J.H. Marlet 1822
Musée national de l'Éducation - Rouen.

On voit ici quelques Frères reconnaissables à leur couvre-chef à large bord (d’où le sobriquet de "grands chapeaux") et leur manteau à manches flottantes (d’où le surnom de "quat’bras") accompagnant leurs élèves équipés de cartables et paniers à provisions, à l’office religieux quotidien ; parvenus au parvis, ils se préparent à entrer dans l’église ; au cours de ces déplacements, la tenue exemplaire des élèves et le zèle des maîtres doivent être de rigueur afin de témoigner aux yeux des passants (ici à gauche, une marchande ambulante) de la qualité de l’enseignement.
A Valenciennes, les Frères dont la quatrième classe ouverte en 1827 est logée dans une aile de l’Hôpital général se plaindront de l’éloignement du lieu de culte le plus proche (une demi-heure de trajet "sous la pluie") jusqu’à exiger de nouveaux locaux "à proximité d’une église".
Outre leur enseignement dispensé en français et non plus en latin (d’où leur surnom d’"ignorantins"), outre l’extrême sévérité bien connue de leur discipline, les Frères des Écoles chrétiennes sont surtout appréciés pour la qualité de leurs méthodes pédagogiques, leur "Institut" formant ses maîtres congréganistes à la "méthode simultanée" : le maître réunit les élèves de même niveau en sections et donne la leçon à une de ces sections pendant que ceux des autres étudient, et réciproquement, les rangées d’élèves étant disposées face au maître selon les exigences propres aux exercices collectifs, disposition alors d’une grande modernité.
Toute école de Frères se voit statutairement dotée d’au moins trois maîtres enseignant dans des salles distinctes, le nombre d’élèves correspondant étant fixé à 140... à Valenciennes la norme sera largement dépassée, les trois Frères installés le mardi 19 octobre 1824 accueillent un mois plus tard 172 élèves (avec liste d’attente forte de 80 "aspirans").

Cahier d’Histoire – Page 16



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"Progrès des Lumières"

Collections historiques, INRP,
revue TD pour la classe, vers 1825.
Eau-forte coloriée,
Musée national de l'Éducation - Rouen.

Cette caricature tourne en ridicule les assauts conjugués de l’Église (représentée par quatre Frères de la Doctrine chrétienne) et des Ultra-Royalistes (dans les traits d’un gentilhomme démodé) pour abattre l’"enseignement mutuel".
Elle oppose également à la saine et belle jeunesse des écoles mutuelles (présente ici à la fenêtre), les tristes et malingres recrues des écoles chrétiennes.
Bien que la corde se rompe, la réalité sera toute autre : spectaculaire régression de la Mutuelle perdant 80% de ses écoles entre 1820 et 1827.
Ainsi à Valenciennes, selon les édiles, la supériorité des Frères apparaît évidente s’agissant :

  • ... d’inspirer aux enfants la crainte de la divinité, le respect envers père et mère, la soumission envers les supérieurs,
  • ... d’en imposer par l’austérité, le recueillement, la sobriété de la tenue, l’action à l’édification.

De sorte que l’ouverture de l’école des Frères en 1824 va entraîner simultanément la fermetuure de l’école mutuelle par arrêté municipal, ses deux maîtres "laïques" étant invités à reprendre leur "état d’origine" ("instituteurs particuliers").
Sans concurrence, l’école des Frères en pleine expansion atteindra par la suite un effectif de 466 élèves avec 5 classes et 6 Frères.
Mais l’École mutuelle renaîtra en 1829 sous forme privée gratuite avec une capacité d’accueil de 200 élèves.

Cahier d'Histoire - Page 21



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L'entrée des élèves à l'école particulière de M. Tessier.

Huile sur carton, anonyme, vers 1830
Musée national de l'Éducation - Rouen.

Ayant obtenu un "certificat de bonne conduite du curé et du maire de sa commune", un brevet de capacité délivré par un jury présidé par le principal du collège voisin, brevet portant le sceau du recteur de l’académie, M. Tessier a reçu l’autorisation rectorale d’enseigner dans son logis sur le seuil duquel il accueille ici ses élèves qui le saluent.

Rien sinon une pancarte où l’on devine l’inscription "École", ne distingue cette maison des autres ; sans doute l’écriteau porte-t-il mention des matières d’enseignement de la compétence du maître.

À Valenciennes, en juin 1819, 12 instituteurs particuliers ou privés accueillent 290 élèves, ne recevant aucun traitement de la Ville, mais percevant des familles une rétribution mensuelle de 1,90 F à 3 F par élève (gratuité pour les indigents).

Deux d’entre eux utilisent la méthode d’"enseignement simultané" en usage chez les Frères des Écoles chrétiennes, tous les autres pratiquant "la méthode individuelle" traditionnelle.

Le maire, M. Benoit, juge que la conduite de ces instituteurs particuliers "est ce qu’elle doit être, honnête et décente", que chacun est "exact à remplir tous ses devoirs" et que "l’enseignement religieux est soigné autant qu’il doit être", chaque élève disposant d’un cathéchisme.

Ce réseau d’ enseignement privé se verra réduit en 1829 à cinq instituteurs particuliers, réduction compensée, il est vrai, par l’ouverture de quztre écoles particulières de filles fréquentées par 125 enfants moyennant rétribution des parents de 2 à 4 F par mois par élève.

Cahier d'Histoire - Page 58




La grande misère des écoles rurales

Alors qu’en France urbaine se développe la guérilla entre les deux écoles rivales, mutuelle et des Frères, la misère scolaire est présente dans les campagnes où la situation rappelle celle de l’Ancien Régime :

  • ... local de classe se tenant au logis du maître ou, si la place est par trop exiguë, dans une quelconque salle municipale,
  • ... mobilier scolaire et matériel d’enseignement réduits au minimum le plus strict,
  • ... classe unique mixte par nécessité, conduite par un maître sans formation pédagogique, pratiquant souvent l’ancienne et routinière méthode individuelle (7A),
  • ... milieu scolaire très hétérogène, tous âges et niveaux confondus dont l’absentéisme est important compte tenu de la participation des enfants aux tâches familiales ,
  • ... enseignement payant, sauf pour quelques indigents,
  • ... maigre revenu du magister nécessitant l’appoint de tâches annexes pour la mairie et la paroisse ou la pratique d’un second métier.


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A – Une école rurale

Tableau d'Alphonse Cornet
Musée Mandet - Riom

Yves Gaulupeau,
La France à l’école, 147, Découvertes Gallimard

L’archaïsme de l’école rurale donne ici au peintre matière à cette scène de genre désormais consacrée, illustrant tout à fait la grande misère évoquée plus haut.

Ici les enfants pratiquent individuellement ou presque des activités plus ou moins scolaires parmi la volaille et les animaux familiers, le magister appelant au bureau chacun des élèves, à tour de rôle, pour la leçon/contrôle, tandis que les autres sont occupés à lire ou livrés à eux-mêmes.

Le châtiment corporel est bien sûr évoqué (l’enfant debout à gauche se protégeant des coups) ainsi que la punition humiliante (l’élève agenouillé portant bonnet d’âne).

Cahier d'Histoire - Page 22



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B - Maître d'école (rurale)... la mixité

Lithographie de M. Alophe,
d'après Charlet.27,2 x 35,9 cm, vers 1825
Extraits de Trésor d'enfance
Musée national de l'Éducation - Rouen

Plusieurs dizaines d’enfants, filles et garçons mêlés, assis sur des bancs, se tiennent serrés devant l’estrade du maître et le tableau noir sur chevalet ; cette mixité contrevient formellement la réglementation en usage... mais les villageois l’admettent pour raisons économiques.

Le maître, la symbolique férule sous le bras, fait face à la classe dispensant un enseignement simultané (fait rare en milieu rural) dans des conditions d’écoute et d’attention quelque peu chaotiques : au tableau, un enfant dessine un cheval, un autre par terre tient un cerceau, d’autres lisent.

Ici, le maître semble âgé, debout devant un imposant fauteuil.

Cahier d'Histoire - Page 38




L ’enseignement aux filles

Tout en veillant à ce que "l’instruction primaire soit fondée sur la religion, le respect pour les lois et l’amour dû au souverain", l’État va apporter pour la première fois, en début de Restauration monarchique, une contribution régulière du Trésor royal au budget de l’enseignement populaire, disposition "applicable [dès 1820] aux écoles de filles comme aux écoles de garçons", la surveillance des premières restant confiée aux préfets.

Ainsi donc, l’État s’appuie sur les administrations préfectoriales (écoles de filles) et académiques (écoles de garçons) pour l’application des lois scolaires : l’enseignement commence à faire figure de service public digne de retenir l’attention du pouvoir.

Toutefois, malgré l’Ordonnance royale du 3 avril 1820 relative à l’enseignement féminin, ce dernier n’entrera pas dans les préoccupation essentielles du législateur : 750 000 écolières contre 1 200 000 garçons scolarisés, une décennie plus tard !



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C - Une école de Filles,
sous la Restauration.

Lithographie d'Eugène André
d'après le tableau de Malet (vers 1825)

Crapouillot, n° spécial, janvier 1961



Le tableau de vie scolaire présenté correspond tout à fait au type de pédagogie couramment pratiqué en "petite école" traditionnelle d’enseignement individuel, bien que la présence réconfortante d’un poêle au centre de la salle de classe ainsi que l’atmosphère de calme serein qui y règne le différencient de la scène de genre habituelle.








Cahier d'Histoire - Page 61



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D - École chrétienne de Filles "L'école des Soeurs",
école urbaine de Versailles.

Huile sur toile, 74,5 x 100 cm,
Antoinette Asselineau,
Musée national de l'Éducation - Rouen
TDC n° 808

Les écoles des congrégations féminines enseignantes sont appréciées des familles autant pour la qualité supposée de leur enseignement que pour la garantie morale qu’elles inspirent.

Ici la classe est confortablement équipée ; sa disposition en deux rangées de larges pupitres est tout à fait adaptée au travail en méthode simultanée dans une atmosphère studieuse.

Au premier plan, vers la droite, on s’applique à la lecture, à l’écriture, à l’arithmétique (pratique opératoire de la division au tableau noir mural).

Le peintre s’est attaché à ce que les sentiments se lisent sur les visages (repentir de l’élève punie à genoux, confiance qu’inspire "la bonne sœur" aux parents...).

La tenue vestimentaire des élèves et l’ordonnancement du local témoignent que cette école urbaine se rattache à une filière d’enseignement réservée au milieu privilégié de Versailles.

Cahier d'Histoire - Page 63




A Valenciennes...

Chez nous, le préfet du Nord, fin 1819, "fait état de la présence à Valenciennes de la Congrégation des Ursulines qui se sont pourvues pour obtenir l’autorisation du gouvernement" et le maire de la ville de rappeler "l’utilité de cette maison pour procurer une éducation soignée aux demoiselles de Valenciennes et des environs et pour pourvoir à l’éducation des pauvres filles de cette ville que les dames Ursulines instruiront gratuitement".

La Congrégation des Ursulines va ainsi accueillir continûment au cours de la Restauration des effectifs allant en croissant pour atteindre 300 élèves en 1829 :

  • - 180 avec rétribution de 3 F par mois pour chaque élève ("les demoiselles"),
  • - 150 à titre gratuit ("les pauvres filles").

Dans le même temps, outre les écoles particulières payantes citées en (6), une école municipale gratuite accueille en centre ville 65 élèves.